Sur les sentiers de moyenne montagne, on croise de plus en plus de coureurs équipés de bâtons télescopiques, autrefois réservés aux randonneurs. L’outil a fait ses preuves, mais il n’est pas universel : bien utilisé, il change vraiment la donne sur certains terrains ; mal utilisé ou sorti au mauvais moment, il devient plus gênant qu’autre chose.
Où les bâtons font vraiment la différence
C’est en montée que les bâtons rendent le plus service, en particulier sur une pente raide où marcher devient plus efficace que courir. En prenant appui avec les bras, on soulage une partie du travail des jambes et on peut maintenir une cadence régulière sur des dénivelés qui, sans bâtons, obligeraient à s’arrêter fréquemment pour reprendre son souffle. Sur les longues distances, en ultra-trail notamment, cette économie de force dans les jambes se ressent nettement sur la fin de course.
La descente technique est l’autre situation où les bâtons apportent un vrai bénéfice : ils offrent des points d’appui supplémentaires sur un terrain instable, ce qui rassure et réduit la sollicitation des genoux, en particulier sur les portions raides et caillouteuses où l’équilibre est incertain.
Deux familles bien différentes
Les bâtons télescopiques, réglables en longueur, conviennent à ceux qui alternent souvent montée et descente et veulent ajuster la longueur en cours de sortie. Les brins pliants, plus légers et plus rapides à ranger, séduisent les coureurs qui n’en ont besoin que ponctuellement, sur une portion précise du parcours. Dans les deux cas, la dragonne mérite d’être bien réglée : elle permet de prendre appui sans crisper la main sur la poignée, ce qui évite une fatigue inutile de l’avant-bras sur une longue sortie.
Le réglage de la longueur mérite aussi un peu d’attention avant le départ, plutôt qu’un ajustement approximatif sur le moment. En montée régulière, une longueur légèrement raccourcie facilite la poussée ; en descente, une longueur plus proche de celle utilisée à plat aide à garder l’équilibre sans se pencher exagérément en avant. Ce sont des réglages simples, mais qui font une vraie différence sur une sortie de plusieurs heures.
Un apprentissage qui se fait avant la course
Utiliser des bâtons pour la première fois le jour d’une course longue, sans les avoir testés à l’entraînement, est une source fréquente de désagréments : ampoules aux mains, gêne à l’épaule, ou simplement une technique mal maîtrisée qui fait perdre plus de temps qu’elle n’en fait gagner. Comme pour toute nouveauté en course, mieux vaut les intégrer progressivement aux sorties d’entraînement, en particulier sur les parcours qui ressemblent à ceux de l’objectif visé, pour arriver à une coordination naturelle entre les bras et les jambes le jour venu.
Quand ils deviennent un poids mort
Sur un terrain plat ou peu accidenté, les bâtons n’apportent rien et gênent surtout la foulée naturelle : les bras, mobilisés pour la marche en montée, retrouvent alors leur rôle classique d’équilibre et de propulsion à la course, incompatible avec des bâtons en main. De même, sur un sentier technique où les mains doivent rester libres pour s’aider des rochers ou des racines, les bâtons peuvent davantage déséquilibrer que stabiliser.
Le portage sur le sac, quand les bâtons ne servent pas, pose aussi ses propres contraintes : mal fixés, ils ballottent à chaque foulée, s’accrochent dans la végétation ou gênent la respiration en cognant contre le dos. Un sac conçu pour le trail, avec des fixations dédiées à l’avant ou sur les côtés, limite ce désagrément ; sans ce type de rangement, les bâtons deviennent vite plus contraignants qu’utiles sur les portions où ils restent inutilisés, au point que certains coureurs préfèrent finalement les laisser à la maison plutôt que de les trimballer pour quelques minutes d’usage réel sur toute une sortie.
Une question de parcours, pas de principe
La bonne approche consiste à connaître le profil de sa sortie avant de décider. Un parcours avec un fort dénivelé positif et des passages techniques justifie largement de partir avec des bâtons, quitte à les ranger sur les portions plates. Un circuit vallonné mais roulant, en revanche, les rend souvent superflus, et les transporter sans jamais s’en servir revient surtout à porter un poids inutile sur toute la distance. Pour se familiariser avec le matériel avant de l’utiliser en sortie longue, le site de la Fédération Française de Randonnée propose des conseils d’usage utiles, et l’article Wikipédia sur le bâton de marche retrace l’histoire et les différentes techniques d’utilisation de cet accessoire, hérité de la randonnée et de la marche nordique, aujourd’hui bien installé chez les coureurs de sentier.




